La passerelle cosmique
Je ne me souviens de rien. Mes facultés mnémoniques m’ont désisté et j’ignore la raison. J’essaie ardemment de me concrétiser une idée, n’importe quoi, question de me réanimer l’esprit, mais je n’arrive pas à déloger le néant qui règne dans ma conscience. Même quand j’aboutis aléatoirement à une ébauche cognitive, au lieu de prendre forme en chose substantielle, celle-ci se transforme immédiatement en un poisson abstrait lisse qui me glisse entre les doigts des neurones.
Et pourtant, après plusieurs tentatives échouées, une notion parvient finalement d’éclore dans le creux de mes pensées : une image floue d’une âme qui s’échappe d’une bouche entrouverte. Serait-ce de cette manière que s’est garée ma mémoire, par l’évasion clandestine de mon esprit à travers l’espace entre mes lèvres? Suis-je en train de me faire des idées, de me façonner de fausses mémoires épisodiques? Réel ou pas, je me suis décidément désengourdit la cervelle. Quel soulagement!
Bon, il faut que je bouge un peu maintenant… Mais qu’est-ce qui me prend?
J’ai l’impression d’être paralysé; je ne peux guerre ni tourner la tête, ni soulever le bras. Tant qu’à mes jambes, je ne sais même pas si elles sont toujours là, attachées à ma hanche ou pas! À vrai dire, j’ai de la peine à percevoir mon entourage. Il y a une présence nébuleuse qui m’engloutit partiellement, ne me laissant qu’entrevoir un torse nu amaigri et des bras émaciés; pour tout ce qui est du nombril et des parties distales, mon champ visuel s’efface graduellement dans un infini obscur.
Mais qu’est-ce qui me prend? Où suis-je? Qui suis-je?
Je commence à avoir peur. Je transpire, la sueur me découle des tempes. Mon cœur élève de sa cadence. Ses battements deviennent de plus en plus forts, de plus en plus lourds et assourdissants. Quelle frayeur, quelle angoisse, quelle nausée! J’ai le cœur qui me monte jusque dans la gorge. Je vais le régurgiter.
Oui, j’ai la trouille. Je l’admets, je l’assume. Quel autre état d’âme suis-je supposé de me manifester en ce moment?
Je me suis réveillé - c’est clair - non pas d’un cauchemar, mais dans un cauchemar…




Vous vous rapprochez de la vérité.